
PALUDISME et MARIAGE
Les semaines suivantes s'écoulèrent à un rythme lent, paresseux, qui n'avait jamais vraiment été le mien.
En revanche, ce qui vint un jour, bien que j'aie pris consciencieusement un comprimé quotidien de nivaquine, ce fut une magistrale crise de paludisme. Je sortis de ces fièvres avec quelques kilos en moins, toujours cela de gagné, les jambes un peu molles et un appétit féroce.
Justement, l'appétit ou la gourmandise, ce n'était pas le moment de les laisser parler, mais, au contraire, de les mettre en veilleuse.
Comment faisaient nos lointaines ancêtres quand n'existaient pas de magasins ? Elles devaient certainement aller voir la copine de hutte, pour échanger un morceau de viande contre quelques racines. Ok, nous allions vivre de troc !
À l'arrière de la case, sur la pente descendant vers le marigot, vagabondaient, en toute liberté, des moutons, des poules, des chèvres, attirés là par les quelques salades et haricots que LD faisait pousser. Cet après-midi là je pris le fusil, un calibre douze, posait le canon sur le rebord de la fenêtre de la salle d'eau et le premier mouton qui s'arrêta, trépassa dans un paradis de salade, une feuille à la bouche.
Le plus dur restait à faire, le découper !
Quelques jours plus tard LD était de retour, sans nouvelles particulières. Il fallait attendre ! Un soir, alors que nous lisions à la lumière, aussi chauffante que bruyante, de la pétromax, nous entendîmes des coups frappés à la porte d'entrée. C'était le sous-préfet de N'Djolé, chargé de notre mariage.
C'est ainsi que je me trouvais dotée d'un mari et d'un livret de famille datant de l'administration coloniale, sur lequel on avait soigneusement couvert d'X majuscules les mots : " liberté, égalité, fraternité ", pour les remplacer, au-dessus, par les mots : " union, travail, justice ".
N'OUBLIEZ PAS LA PROCHAINE SEMAINE :
5 - NOUVELLE CHASSE A L'ELEPHANT.
Nous allions souvent passer la soirée dans ce que nous appelions la case des célibataires...